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ABBASI (Siyavash
Awesta)
Entretien avec
Roger Hernu
(Ancien Grand-maître Franc-maçon)
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Pendant
plus de 25 ans Monsieur ABBASI, grâce à ses émissions
télévisées et radiophoniques, a interviewé plusieurs
dizaines de personnalités internationales… Voici l’une
d’entre elles ! |
Hassan ABBAS!:
Monsieur Roger Hernu, veuillez nous donner quelques renseignements
sur l'euthanasie! Et quelle est la position de la Franc-maçonnerie à
ce sujet?
Roger Hemu
: Vous me demandez ma
position à propos de l'euthanasie, et je vous remercie de me poser
cette question. Pourquoi? Parce que la mort est un sujet qui
préoccupe beaucoup de gens, même si l'on n'en parle pas à haute
voix. Et nombreuses sont les personnes qui sont confrontées
directement à ce sujet douloureux, par la maladie, l'agonie, la
souffrance d'un proche ou d'un ami. Enfin, plus on avance en âge et
plus on se pose de questions. Mourir est une chose, souffrir en est
une autre. J'avoue que comme beaucoup, et depuis longtemps, cette
question m'a préoccupé: je n'ai pas peur de la mort.. mais dans
quelles conditions?
Intéressé par ce sujet, j'ai eu la
chance de connaître l' A.D.M.D. (Association pour le Droit de Mourir
dans la Dignité).
Donc, craignant de me retrouver un
jour cloué dans un lit, ou dans une petite voiture, à la suite d'une
maladie ou d'un accident, souffrant, sans peut-être même la
possibilité de m'exprimer, et surtout sans espoir de guérison, mon
souhait est d'abréger cette situation. Mais comment? A quoi bon
vivre, survivre ainsi? Et je pense aussi à la peine, à la souffrance
de mon entourage.
Seul, en cet état, on ne peut rien.
Aucune loi ne permet d'abréger la vie. Il faut bien alors une main
secourable, libératrice. C'est là qu'intervient l'AD.M.D. en
suggérant de rédiger un testament de vie, en trois exemplaires: un
pour une personne de confiance, un pour son médecin et un à toujours
conserver sur soi, un également pour l'Association, en cas de
complications juridiques.
Cela peut paraître facile ou
inconcevable d'imaginer de telles échéances. Peut-être aussi que
ceux qui critiquent le plus sont aveuglés par la religion ou n'ont
pas vu de près la souffrance, le désespoir.
Il faut se battre, militer, pour
permettre à chacun d'avoir une fin de vie digne et sereine. Pour
cela, il faut avoir une pleine liberté de décision face à l'échéance
finale, proche ou lointaine. Il faut mettre fin à l'abandon moral, à
la déchéance et aux souffrances inutiles qui, trop souvent,
précèdent et accompagnent la mort. Obtenir une déclaration de
volonté de mourir dans la dignité, refuser tout acharnement
thérapeutique abusif.
Depuis quelques mois, les choses ont
beaucoup évolué par de nombreux cas de suicides, de personnels
hospitaliers hâtant la mort de malades sans espoir de guérison.
Des personnalités, les médias, et
même le Secrétaire d'Etat à la Santé contribuent à faire avancer ce
sujet, encore tabou il y a peu de temps.
Enfin la clandestinité est démasquée.
En deux mois à peine, le débat sur l'euthanasie a occupé la scène de
l'actualité, alors que, sans trêve depuis 1980, date de sa création,
l'AD.M.D. dénonçait ces problèmes douloureux. C'est pour moi
l'occasion de rendre hommage à son actif et dynamique Président,
Henri CAILLA VET, ancien Ministre, ancien Député, Sénateur, Maire,
Conseiller Général, Député Européen. Il est également Membre de
nombreuses Associations ou Commissions dont la Commission Nationale
de l'Informatique et des Libertés et du Comité Consultatif National
d'Ethique. Homme de liberté, c'est un grand humaniste. De nombreuses
propositions législatives ont été votées, soit à son initiative,
soit sur des textes repris par les différents gouvernements :
interruption volontaire de grossesse, divorce par consentement
mutuel, greffe d'organes, tribunal de l'informatique (C.N.I.L.),
euthanasie et acharnement thérapeutique, etc...
Il faut bien comprendre et retenir
que le but de l'AD.M.D. n'est pas de favoriser la m0l1. Il faut
obtenir la légalisation de notre testament de vie, pour qu'il soit
opposable à tous: médecins, soignants, services hospitaliers,
familles proches.
Maintenant, plus que jamais, il faut
faire entendre qu'il ne s'agit pas de l'élaboration d'une loi sur la
mort. Mais simplement que l'euthanasie soit dépénalisée, comme le
fut l'interruption volontaire de grossesse.
Sa rattachant à l'euthanasie, l'AD.M.D.
aborde également le sujet particulier des soins palliatifs.
C'est-à-dire lorsque que l'on se trouve dans une situation telle
qu'aucune intervention ne put plus aider à survivre dignement. Mais
l'on vous maintient en vie, quelquefois avec acharnement. Les soins
palliatifs sont efficaces à 80 %.
Mais vivre, ou plutôt survivre, dans
quelles conditions? Délabrement physique important, faiblesse
intellectuelle, absence d'autonomie, déchéance, escarres
nauséabondes, plaies qui défigurent, incontinence fécale et
urinaire, suffocations permanentes, vomissements contraignant à des
transfusions permanentes, trachéotomie, etc... Ces exemples
échappent aux soins palliatifs. Or de telles vieillesses sont malgré
les soins palliatifs d'affreux naufrages.
Il Y a aussi la douleur, mais sur ce
sujet une grande avancée a été accomplie, telle l'existence de la
charte du patient hospitalisé et .dont l'affichage est obligatoire
dans tous les hôpitaux et cliniques depuis le 1er janvier 1998.
Vous me demandiez également la
position de la Franc-maçonnerie à propos de l'euthanasie. Vous
comprendrez aisément que je n'ai pas qualité pour m'exprimer au nom
des Francs-Maçons. Je vous ai répondu à titre personnel, en mon âme
et conscience. D'ailleurs, pour adhérer à l'Association pour le
Droit de Mourir dans la Dignité, on ne vous demande pas vos
convictions religieuses et (ou) philosophiques, si vous êtes de
gauche ou de droite. Seule la vocation humanitaire compte. Les
adhérents sont de toutes conditions sociales. L'Association est
représentée partout en France et elle n'est pas isolée car de
nombreux pays ont leurs associations-sœurs membres de la fédération
mondiale. Je serais incomplet si je ne vous communiquais pas
l'adresse:
AD.M.D. - 103, rue Lafayette 75481
Paris Cedex 10
Vous le voyez, je ne suis qu'un tout
petit relais dans cette vaste entreprise.
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